Une fois le casting assuré, une tâche urgente attendait Minghella : trouver les décors naturels qui lui permettraient de recréer le monde de Cold Mountain, avec ses montagnes, ses forêts, ses marais, ses fermes à l'architecture robuste et primitive. Au milieu du 19 ème siècle, le Sud était encore une terre sauvage où la survie demandait une intime communion avec la nature. Pour rendre justice au souffle épique de RETOUR À COLD MOUNTAIN, Minghella devait en capter toute la majestueuse et intimidante beauté.

Minghella entama cette quête avec un fervent désir d'authenticité et de réalisme : "Je n'essaie pas seulement de saisir la vérité d'une histoire ou d'un interprète, mais de renforcer ces vérités en les inscrivant dans l'environnement le plus approprié, le plus parlant, le plus authentique."

Minghella et le chef décorateur Dante Ferretti consacrèrent près d'un an aux repérages, d'abord dans les Blue Ridge Mountains chères à Frazier, puis au Canada. En vain : les traces de civilisation y étaient trop abondantes, et les forêts trop dégarnies pour représenter les vastes étendues boisées de l'époque de la guerre de Sécession.

C'est alors que le producteur exécutif Iain Smith leur envoya des clichés… des Carpates, où il était en randonnée. Impressionné, Minghella décida d'aller y voir de plus près avec Ferretti. Le voyage fut une révélation...

Anthony Minghella : "Ce paysage roumain est plus proche du Cold Mountain des années 1860 que tout ce que j'ai vu en Amérique et dans le reste du monde. Nous avons été particulièrement frappés par l'abondance et la densité des forêts. Couvertes d'un manteau de neige, elles offraient un spectacle de toute beauté. Un second voyage, au printemps, nous confirma que ce serait un décor parfait pour représenter chacune des saisons couvertes dans le film."

La production put également utiliser de nombreux décors naturels américains, notamment en Caroline du Sud et en Virginie, où demeurent des bâtiments d'avant la guerre de Sécession, et dans les marais de Botany Bay.

Minghella s'était fixé pour objectif d'immerger le spectateur dans l'ambiance de la guerre de Sécession en lui présentant l'image d'une Amérique radicalement différente. Une exigence que partageait son chef décorateur, Dante Ferretti. Dans les montagnes boisées et les paysages agricoles de Roumanie, ce dernier trouva matière à créer une vaste fresque américaine : des villes, des campements militaires, un champ de bataille, des fermes sudistes et même une petite bourgade d'une trentaine de bâtiments.

Dante Ferretti : "Mon enjeu et mon bonheur sur ce film furent de capter un monde plus sauvage, plus riche, plus primitif que le nôtre, et de donner une image vivante et authentique de l'Amérique du 19 ème siècle."

Anthony Minghella : "Son apport au film est inestimable. Les décors de Dante sont si précis, si authentiques, qu'on pourrait croire que nous les avons dénichés sur place. En réalité, tous les bâtiments, à l’exception de certains que nous trouvâmes à Charleston, ont été dessinés et construits par Dante. Il n'a pas seulement apporté au film son talent visionnaire, mais son énergie, ses inépuisables facultés créatrices qui ont élargi mon propre horizon."