"Authenticité" fut le mot d'ordre de la chef costumière Ann Roth, qui entreprit de longues recherches à travers livres, peintures et photos d'époque. "Ann ne se contente pas d'habiller les personnages, elle leur donne une identité", commente Minghella.

Ann Roth : "J'ai aspiré à un maximum de vérité historique, et ce jusqu'aux dessous féminins : porter le sous-vêtement approprié aide l'actrice à trouver la démarche de son personnage."

Renée Zellweger : "Tout ce que je porte dans le film est un fidèle reflet de l'époque. Et ce genre de dessous (impossibles à délacer en moins de trente minutes !) affecte nécessairement votre port. Nous étions très proches de la réalité, on n'a pas triché en utilisant, par exemple, des ceintures élastiques. Et j'ai vite compris que toute notion de confort – vestimentaire ou autre – était étrangère à des femmes comme Ruby."

L'austère simplicité des tenues de Ruby contraste avec la diversité et la sophistication des toilettes d'Ada. Les amples robes de soie et de satin que celle-ci arbore dans les premières scènes sont toutes des créations originales d'Ann Roth, conçues en étroite collaboration avec Nicole Kidman et Minghella. Par la suite, après la mort de son père et la disparition d'Inman, la garde-robe d'Ada se dégradera sensiblement, reflétant sa chute dans la misère et sa perte graduelle d'identité.

Les costumes d'Inman sont, pour diverses raisons, les plus basiques du film.

Ann Roth : "Étant constamment par monts et par vaux, il n'a guère l'occasion de se changer ! Mais l'idée était, surtout, de donner du poids au personnage, de révéler son héroïsme et son fond de mélancolie à travers des parures traditionnelles et dépouillées à l'extrême : une veste, une chemise, des pantalons et un chapeau noirs reflétant la force "primale" inflexible, d'Inman."

Pour dessiner les uniformes des combattants, Ann Roth fit appel à Don Troiani, un des plus grands spécialistes des uniformes et accessoires de la guerre de Sécession. Elle apprit ainsi que les soldats Nordistes ne portaient que du bleu (marine pour les vestes, clair pour les pantalons), alors que les Confédérés présentaient une plus grande diversité, la couleur de l'uniforme variant d'un État à l'autre, quoique privilégiant le plus souvent le brun et le gris.

Le directeur de la photographie, John Seale (lauréat de l'Oscar pour LE PATIENT ANGLAIS) se livra lui aussi à des recherches approfondies, étudiant notamment des photos d'époque pour savoir comment les contemporains d'Inman se représentaient leur monde. Il évita cependant toute forme d'artifice, optant pour un réalisme visuel sans concession et usant à chaque scène de filtres et techniques spécifiques, appropriés aux changements de saisons et d'ambiances.

John Seale : "Nous n'avons pas forcé sur la stylisation. Je me suis borné à choisir deux négatifs différents : l'un un peu plus contrastant pour les scènes du voyage d'Inman, l'autre plus soft pour certaines des scènes finales ainsi que pour les épisodes de la ferme d'Ada et Ruby. À travers le film, nous n'avons utilisé comme sources lumineuses que le soleil, la lune, le feu, les bougies, les lampes à huile.

"Quant à la Bataille de Petersburg, les tableaux d'époque la représentent comme un enfer expressionniste, un paysage de mort envahi d'une épaisse fumée noire. J'ai renoncé dans cette scène de boucherie à toute mesure, utilisant des filtres colorés pour capter les fumées âcres, les flots de sang déversés dans la boue, les amas de corps dont nous parlent les témoins de ce jour fatidique."

"John n'a pas seulement créé une lumière et une imagerie magnifiques. Il s'est battu comme un lion contre les éléments, les caprices incessants de la météo, et a obtenu chaque jour les meilleurs résultats possibles", conclut Minghella.