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J'ai confié la réalisation de mon film à James Huth, un mec qui avait réalisé SERIAL LOVER.

Je lui souhaite plein de bonnes choses avec ma couleur préférée : le jaune !

Qu'est-ce qui vous plaisait dans le personnage de Brice de Nice ?
James Huth : À l'image d'un Peter Sellers dans 'La Party', Jean a su créer un personnage qui n'appartient qu'à lui. Un personnage qui a la grâce. Son humour, sa vision quasi poétique du monde, sa démarche, sa gestuelle et sa manière de parler restent uniques. Au départ, Brice aurait tout pour être détestable : c'est un gosse de riche, il se regarde trois heures dans la glace tous les matins, il 'casse' les autres toute la journée. Et pourtant, on s'attache à lui. Pourquoi ? Parce que Jean apporte son humanité, sa gentillesse au personnage. Brice n'est jamais délibérément méchant. Il dit juste ce qu'il pense au moment où il le pense. En fait, c'est ça. C'est un personnage unique, extrêmement sincère et qui a la grâce.

Le fait d'arriver dans le projet en cours d'écriture vous a-t-il posé des problèmes ?
James Huth : Non, car Jean et sa co-scénariste Karine Angeli m'ont généreusement laissé entrer dans l'univers de Brice. Nous nous sommes tout de suite très bien entendus. Notre vision du 'transfert' de Brice au cinéma était la même : garder l'âme du personnage des sketches mais lui construire une vie, en faire un 'vrai' être humain. Élever sur un piédestal ce super-héros de la casse, mais aussi développer ses fragilités pour mieux le comprendre et s'attacher à lui. 

Quel était votre but : réaliser une comédie drôle, mais aussi esthétiquement recherchée ?
James Huth : Chaque sujet impose ses codes esthétiques afin de traduire au mieux les émotions que l'on cherche à faire éprouver au spectateur. Tout l'univers cinématographique de Brice restait à créer. Un univers complet et cohérent qui serve le personnage, aide le spectateur à mieux le comprendre, afin qu'il puisse entrer dans le monde merveilleux de Brice. 
Brice est un personnage haut en couleurs, né dans le luxe. L'image devait donc être élégante, claquante. La lumière belle, mais ni fabriquée ni criarde, pour permettre au personnage d'être lui-même, excessif, sans tomber dans la caricature. En fait, une lumière plus anglo-saxonne que française.
J'ai évité certaines couleurs trop fortes, comme le rouge, pour me concentrer sur d'autres plus en demi-teintes, autour du jaune Brice. Le jaune flashy initial était parfait pour un sketch, mais trop saturé pour le Brice d'aujourd'hui. Il aurait fini par agresser l'oeil au bout d'une heure trente de film.

La bande-son de Bruno Coulais mélange divers styles, comme le funk, le rock ou la bossa. Pourquoi la musique tient-elle une place aussi importante dans votre film ?
James Huth : La musique est un élément dramaturgique essentiel, je ne peux la dissocier de l'image lorsque je construis une scène. Il est vrai aussi que je suis fan des comédies musicales américaines de Busby Berkeley à aujourd'hui. Le travail de la musique est probablement le moment que je trouve le plus magique. La bande sonore, c'est pour moi cinquante pour cent d'un film. Mais encore une fois, c'est Brice qui impose ce choix. Son univers est extrêmement musical. Il a sa propre façon de bouger, de parler. Jean danse et bouge comme un Dieu. Il aurait été dommage de ne pas en profiter. Bruno Coulais est un magicien de l'impalpable. Il exprime, en le magnifiant, un univers que vous ne pouvez décrire. Quelle chance de pouvoir profiter de son talent ! Les séquences musicales se sont imposées d'elles-mêmes. Je trouve d'ailleurs que le chorégraphe, Jean-Claude Pambe Wayak, a réussi à bien mettre en valeur la formidable gestuelle de Jean.

Jean Dujardin incarne à trente-deux ans un personnage qu'il a créé à vingt-quatre ans. Sa maturité a-t-elle modifié, d'une manière ou d'une autre, l'image de Brice ? 
James Huth : Oui. Jean est aujourd'hui père de deux enfants, il est devenu un homme avec une sensualité affirmée. Une sensualité en totale contradiction avec son personnage de Brice resté bloqué à l'adolescence. Ce paradoxe renforce le charme et la complexité de Brice, lui donne plus d'épaisseur. Aujourd'hui, Brice est aussi un surfeur hyper sexy malgré lui.

Quel genre d'indications de jeu donniez-vous à Jean Dujardin ?
Brice est un personnage qui demande 300 pour cent d'investissement. Une énergie folle. C'est facile sur une journée, mais Jean était de tous les plans, tous les jours. Mon principal travail était de lui insuffler l'énergie que Brice nous prenait à tous les deux. On était 'cassés' à la fin de chaque journée de tournage !
Le rôle de Brice demande une grande précision. Il doit être interprété avec autant d'extravagance que de justesse émotionnelle. C'est une performance d'acteur qui oblige à une très grande concentration et à un travail acharné. 

Concernant les autres comédiens, pourquoi avoir choisi Clovis Cornillac et Elodie Bouchez qui viennent d'univers totalement opposés ?
Je n'avais qu'une préoccupation : prendre les acteurs les plus talentueux possible. Et j'ai eu beaucoup de chance. Le professionnalisme de Clovis me sidère. Il capte tout, tout de suite. Il a tout compris à la lecture du script. En trois minutes, il avait cerné le personnage de Marius, ses failles, sa complexité. Avec lui, toutes les prises sont bonnes. Et dès que vous dites "coupez", il prend soin de tous ceux qui l'entourent afin que le tournage se déroule dans la plus parfaite harmonie. Il est d'une immense gentillesse. C'est un acteur très doué.

Elodie, quant à elle, n'a plus rien à prouver. J'ai toujours estimé que le cinéma sous exploitait son côté solaire. Pourtant, elle crève l'écran. C'est un personnage romantique, au sens plein du terme. Elle appartient aux contes de fées, à l'univers de Tim Burton. Elle a cette fragilité et cette magie-là. Elle m'a beaucoup inspiré.

Et Bruno Salomone ?
James Huth : Bruno est une vraie rencontre. Un homme vraiment très drôle. C'est aussi un excellent comédien d'une grande sensibilité et qui n'a pas peur de tout donner. Il est aussi hyper sexy. J'aime son côté latin lover. Il a vraiment plusieurs facettes, une palette qui donne envie d'être exploitée. On n'a qu'une envie, c'est de tourner à nouveau avec lui. Un mot également sur Alexandra Lamy : je me souviens d'elle dans son costume de sirène, suspendue la tête à l'envers ou à cinq mètres sous l'eau avec sa mono palme et sa longue queue, toujours souriante. Et en plus, elle devait jouer la coquine ! J'espère un jour pouvoir la diriger dans un rôle plus important, à sa mesure. Un des secrets de ce film est d'avoir eu des acteurs aux qualités professionnelles et humaines hors pair.

Quel souvenir gardez-vous du tournage malgré les divers problèmes rencontrés ?
James Huth : Comme je vous le disais, l'aventure humaine a été extraordinaire. Ça nous a permis de garder la pêche malgré tous les incidents : beaucoup d'intempéries et surtout un incendie criminel qui a détruit le décor du bar de la plage la veille du tournage. Je me rappellerai toujours la chef coiffeuse que j'ai croisée juste après l'incendie. J'avais le moral à zéro. Elle m'a dit avec un grand sourire : "Mais tu ne te rends pas compte, c'est merveilleux. Tous les grands films du cinéma ont été tournés dans le chaos et ont connu plein de catastrophes.". Des gens aussi positifs ne peuvent que vous filer une énergie incroyable. 

Jean Dujardin décrit Brice de Nice comme un conte fun et bigarré. Et vous ?
James Huth : Sa définition me convient parfaitement. C'est un film sur les différences, l'acceptation des siennes et de celles des autres. Le film est fun et bigarré, parce que passer une heure et demie avec Brice vous revigore, vous change les idées et vous charge en bonnes ondes. Quant à la notion de conte, c'est effectivement ce que nous cherchions à toucher du doigt. Cette forme de narration généreuse qui traite de thèmes simples et universels "Si tu risques l'amitié, tu trouveras l'amour". Ou encore "Il faut croire en ses rêves". Un thème qui me touche particulièrement car j'ai moi-même changé de vie, voilà déjà un bon bout de temps, pour suivre mon rêve : celui de réaliser des films.

A propos de JAMES HUTH :
L'auteur et réalisateur James Huth a dirigé Albert Dupontel et Michèle Laroque dans "Serial Lover", une comédie décapante. Il a ensuite produit le film d'angoisse "Dead End", de Jean-Baptiste Andrea et Fabrice Canepa. "Brice de Nice" est son deuxième long métrage en tant que réalisateur.
   
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